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La Maison Deyrolle

Au confluent de la science, du rêve, de l’art et de la pédagogie

La science
Les Deyrolle étaient à l’origine des taxidermistes. Ils étaient passés maîtres dans l’art d’empailler les animaux, de conserver des insectes (surtout des papillons) dans ce milieu du XIXe siècle tellement marqué par le progrès scientifique et les découvertes de nouvelles espèces dans le sillage de l’épopée coloniale.
Les Deyrolle avaient accumulé à partir de 1830 d’impressionnantes collections, un peu sur le modèle des « cabinets de curiosités » du XVIIIe siècle et les réunirent en 1866 dans une institution qui porterait leur nom : la « Maison Deyrolle ».

La pédagogie suivit de près : sans le savoir, vous avez peut-être pu admirer des œuvres des Deyrolle. Ils éditèrent nombre d’ouvrages scientifiques, mais surtout des « planches » pour vulgariser le savoir scientifique obtenu à partir de leurs collections. Qui n’a pas vu dans les pharmacies de son enfance des « planches » représentant les champignons comestibles à distinguer des vénéneux ? Et, au cours des « leçons de choses », comme on disait alors, les planches représentant les parties du corps humain, les fruits, les animaux domestiques et sauvages, voire des papillons et des insectes qui faisaient rêver les élèves ? C’est largement aux Deyrolle qu’on le doit, car ils devinrent les fournisseurs attitrés du ministère de l’Instruction Publique à partir de 1871.

L’art eut rapidement sa part à ce succès : outre qu’il fallait des artistes pour graver les planches pédagogiques et illustrer les ouvrages savants, leur activité de taxidermistes et de boîtes, très joliment travaillées, d’insectes et de papillons exotiques, amena les Deyrolle à sophistiquer de plus en plus leurs productions dans un but décoratif très prisé des amateurs. Leurs productions inspirèrent d’autres créations : par exemple la maison Hermès qui recherchait des illustrations chatoyantes pour ses fameux foulards et carrés de soie.

Des peintres comme Jean Dubuffet, Salvador Dali, Georges Matthieu, fréquentaient également la Maison Deyrolle en quête d’inspiration. De l’art, on est passé au rêve, la maison Deyrolle a créé des animaux imaginaires : les « chimères », créatures fantastiques formées d’assemblages d’animaux différents comme la légendaire licorne, la sirène ou le dragon.

Le feu a failli cependant avoir raison de cette petite merveille qu’est la maison Deyrolle : un incendie, en 2008, détruisit 90% des collections. Mais Deyrolle avait une telle réputation et rendu tant de services qu’artistes, maisons de commerce (Hermès bien entendu, mais d’autres aussi) et même la maison Christie’s qui organisa une vente aux enchères à son bénéfice, permirent de réunir les fonds pour recréer la Maison Deyrolle dont les collections sont à présent largement reconstituées.

A présent, cette institution, en ces temps d’écologie et de protection de l’environnement, connaît une nouvelle jeunesse et est promise à un avenir que nous lui souhaitons radieux. Comme l’a écrit Louise de Vilmorin : « Etre chez Deyrolle, c’est faire un voyage au paradis terrestre », on pourrait dire aussi que c’est visiter l’arche de Noé.

Francine Boidevaix
André-Marie Abeysinghe

mercredi 22 mai 2019

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