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L’Hôtel Talleyrand

Francine Boidevaix

Pour de nombreux Parisiens, le 2 rue Saint-Florentin était synonyme de longues queues pour obtenir un visa du Consulat des États-Unis.
Désormais, entièrement rénové, l’hôtel de Talleyrand est un lieu dédié à la gloire du Prince de Bénévent et...du Plan Marshall , sans oublier son premier propriétaire, le comte de Saint-Florentin, ministre des Affaires étrangères du roi Louis XV.

Construit par Chalgrin et Gabriel, l’architecte de la place de la Concorde et du ministère de la Marine voisin, il présente sur ses murs un échantillon des plus jolies boiseries du XVIIIème siècle, même dans les salons ajoutés par le Baron James-Mayer de Rothschild qui acheta l’hôtel particulier en 1838. Sa famille le conserva jusqu’à 1950, date à laquelle il fut vendu au gouvernement américain.

La splendeur de ces pièces a subsisté jusqu’à nos jours, sauvées pendant la Révolution par Robespierre qui tenait beaucoup à leur intégrité. Elles abritaient un dépôt de poudre et," l’Incorruptible" habitait rue du fg Saint Honoré, juste à côté ! La Kriegsmarine, occupante pendant la Seconde guerre mondiale, eut le même effet de paratonnerre. Ses salons ne devaient pas perdre de leur splendeur face au ministère de la Marine français, d’ailleurs relié, à l’époque, par une passerelle au-dessus de la rue Saint-Florentin.

Dans "Choses vues", Victor Hugo écrit à propos de Talleyrand : « Dans ce palais, comme une araignée dans sa toile, il avait successivement attiré et pris héros, penseurs, grands hommes, conquérants, rois, princes, empereurs, Bonaparte, Sieyès, Mme de Staël, Chateaubriand, Benjamin Constant, Alexandre de Russie, Guillaume de Prusse, François d’Autriche, Louis XVIII, Louis-Philippe, toutes les mouches dorées et rayonnantes qui bourdonnent dans l’histoire de ces quarante dernières années.
Tout cet étincelant essaim, fasciné par l’œil profond de cet homme, avait successivement passé sous cette porte sombre qui porte écrit sur son architecture : Hôtel Talleyrand ».

Les salons, la grande salle à manger, la chambre de parade où se trouve toujours le grand lit "à la turque" (on y dort assis), recouvert de soieries pourpre... sont des pièces toutes plus belles les unes que les autres.
C’est dans la salle à manger là que Talleyrand a négocié avec Fouché le retour de Louis XVIII à Paris lors du fameux « souper », le 6 juillet 1815, souper repris au théâtre par Claude Rich et Claude Brasseur.

Damas pourpre aussi pour les murs de "l’antichambre Harriman", du nom de W. Arevell Harriman, le représentant du Président des États-Unis à la tête de l’administration du Plan Marshall qui travailla en ces murs en compagnie des officiels européens, dont Jean Monnet. Le "George C. Marshall center" au 2ème étage, évoque les principales réalisations de ce plan qui a puissamment aidé l’Europe à se reconstruire après la Seconde guerre mondiame.

Des ombres bien vivantes hantent ces lieux. Elles y ont fait l’Europe.

Francine Boidevaix

lundi 22 mai 2023

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